Avant-propos

A ceux qui me liront, quelques mots d’avertissement: contrairement à ma série “Solo Flight”, ce qui suit est de la fiction. C’est à dire un savant mélange de faits réels, d’expériences vécues et de calembredaines totalement inventées.

Je suis un fan avide de Stephen King, et il apparaît clairement que son oeuvre est parsemée d’éléments autobiographiques, qui servent de substrat à ses délires délicieusement malsains. Il en va de même ici.

Un mot sur le “style”: il n’y en a pas, cherchez pas. J’écris comme ça me vient, je ne suis pas un auteur littéraire. Je n’ai pas beaucoup lu, en dehors de A.C. Doyle, Asimov, Herbert, King, Philip K Dick et autres auteurs de genre. J’ai allègrement skippé Proust, Stendhal, Camus, Sartre et toute la joyeuse bande. Hugo, ça j’aime encore bien. Et Jules Vernes, bien entendu.

J’écris pour m’amuser, me vider la tête, parce que le virus m’a pris récemment.
J’espère que vous prendrez du plaisir à me lire. Si non, les librairies débordent de bouquins beaucoup mieux fichus, n’hésitez pas à leur donner un peu de sous.

Et maintenant, une histoire….


Evere (1)

Quand j’étais jeune, la chaussée était comme une route qui traverse un village. Le quartier était plutôt calme, hormis le soir, où les beuglements avinés de militaires en virée montaient jusqu’à ma chambre. Ils sortaient, tard et bourrés,  des cafés du coin pour rejoindre leur casernement en titubant. Je ne les ai jamais vus, ils étaient juste des bruits dans la nuit.
Aujourd’hui, la rue s’est muée en autoroute urbaine, où les bus et les voitures dévalent à toute allure vers Schaerbeek pour rejoindre le Centre. Traverser s’avère un exercice périlleux. On n’est pas en Inde, mais c’est tout comme..

Couché sur mon lit, je perçois le souffle des bagnoles qui caresse les murs de la maison familiale. Les roue envoient des vibrations jusque dans mon matelas. Parfois, il y a un moment de répit, quand le feu est rouge là-haut, au carrefour avec l’Avenue Bordet. Je compte” Un, deux, trois, quatre…”, puis le ballet recommence. C’est étrange d’être dans un plumard à quelques mètres de la chaussée, protégé seulement par un mur. Comme si la ville me tolérait à peine…

Evere, entre la caserne et le cimetière. C’est ce que je disais, ado, quand on me demandait où j’habitais. Ca décrivait assez bien l’ambiance olé olé de la commune. Un dortoir, peuplé de petits commerçants, de pensionnés. Un endroit vieillot, avec des pâtisseries qui arboraient fièrement des vitrines aux châssis en alu, des bistrots sombres et poussiéreux où je n’entrais jamais, des étés gris et des hivers obscurs. S’il faut trouver les racines de mon Weltschmerz, c’est bien à Evere qu’il faut creuser.

Grandir dans un cadre aussi morne, c’est comme vivre en province, à dix minutes du centre de la ville. L’ennui, seulement percé par le bruit des trains qui passent sur la ligne venant de Haren. L’étouffement. L’horizon bouché. Un sentiment d’être collé au sol, de peser des tonnes.
Mes parents tenaient une blanchisserie et une wasserette. Ou un salon-lavoir. C’est comme ça qu’on disait, à l’époque. Les dames du quartier venaient laver leur linge et tailler une bavette. Derrière, mon père et ma mère s’affairaient à charger et décharger les machines, pousser des chariots pleins de linge, calandrer des draps, repasser des chemises sur un bustier à vapeur. Le tout dans une odeur de savon et de tuyaux surchauffés. Une ambiance digne du XIXème siècle victorien. De la sueur et des cloques aux doigts…

J’ai donc poussé dans cette odeur d’usine à propreté; je rentrais de l’école pour être engouffré par la chaleur moite de l’entreprise familiale. Dans ces tristes tropiques, je rêvais de super-héros, de voyages dans le temps et de pistolets désintégrateurs. De partir dans l’espace, batailler les créatures extraterrestres…

Je loge chez mes parents. Comme alors. Les machines ont été envoyées à la casse. Il ne reste aucune trace de ce passé industrieux, ou presque. Juste quelques objets, quelques photos.
L’air est plus sain, mais la route est plus fréquentée, et c’est la rue qui gronde comme une chaudière prête à exploser. Je m’attends à tout moment à entendre l’impact d’un capot qui heurte un piéton, et puis des cris et des coups de klaxon. On va pas s’arrêter pour si peu, non?

Il faut rouler. Il faut avancer. Tout est un obstacle, une nuisance. AVANCE!!! TIRE-TOI DE LA!! Les envies de meurtre montent. Tout ce temps perdu à avancer. Ou vouloir avancer, mais rester englué dans le trafic. Faire du sur-place, au lieu de bouger. Bouger, bouger, bouger. S’arrêter, c’est mourir. Alors, la radio. Le téléphone. La voix du GPS. Pour ne pas être seul dans l’habitacle. Pour ne pas voir qu’on est toujours au même endroit. Comme un con.
Et un jour on se réveille, et on est chez ses parents. A la case départ. 
On n’a pas bougé…

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